Editorial -

Galaxies N° 49

Galaxies N° 49 49

BIEN AVANT GALAXIES, bien avant que le mot science-fiction même existe, était le rêve, et le rêve était Nemo, le little Nemo de Winsor McCay. Dans les planches superbes et toujours tellement modernes de cette BD des origines, la plongée dans le sommeil de l’enfant Nemo le précipite dans des territoires oniriques qui font plus que préfigurer la science-fiction et la fantasy. D’une certaine manière, avec cette forme contrainte, et donc féconde d’histoires en une planche commençant et se terminant toutes de la même façon, Mc Cay a tout inventé et de cela on ne lui rendra jamais assez hommage. Répétition, mais sans répétition, à chaque fois un nouvel univers, un nouveau délire. Si vous avez le bonheur de tenir un jour entre les mains l’intégrale Nemo, vous constaterez qu’il est impossible de la lire en continu, page après page, comme on le ferait d’un recueil de gags en une planche, tant McCay précipite à chaque fois le lecteur dans ce tourbillon, dans ce déséquilibre qui précipite le dormeur au bas de son lit. Mais il est vrai qu’arrivait déjà Lovecraft, et que Poe était passé par là ! Car il y a loin de la puissance imaginative et de la fatalité parfois effrayante des rêves du petit Nemo au triste « C’était un rêve » par lequel trop des nouvelles soumises par de jeunes auteurs ne parvenant ni à conclure, ni à se résigner à avoir libéré en vain leur imagination bouclent un récit hélas souvent insipide. A tel point que, pour le lecteur déchiffreur de nouveaux éventuels talents, l’expression est pratiquement devenue un marqueur d’exclusion. Et pourtant !

Pourtant, et Jean-Pierre Laigle le montre dans une étude au titre par lequel il ne faut surtout pas se laisser arrêter, le rêve est le moteur de l’imaginaire, et donc celui de nos genres de prédilection. Et d’une certaine manière, au-delà des deux nouvelles de Risto Isomäki et de Michèle Laframboise qu’a choisies Laigle pour illustrer son propos, toutes les nouvelles de ce numéro de Galaxies ont part liée au rêve. Et des nouvelles, ce numéro 49 (un beau carré de 7, chiffre parfait), en livre neuf, sans compter celles qui viennent s’ajouter en bonus aux éditions électroniques.

Nos deux prix : Naomi Kritzer (Hugo 2016) et Jean-Marc Sire (le Bussy 2017), mettent curieusement en scène des photos de chats pour s’essayer à faire rêver des intelligences artificielles. Cauchemar en vert chez Loïc Henry, cauchemar en rouge chez Ketty Steward, évaporation du songe et du narrateur dans la nouvelle d’Alain Dartevelle, dérives entre le rêve et la fiction chez Patrice Lussian, et Cauchemar postapocalyptique chez Patrik Centerwall, auteur suédois qui imagine une humanité réduite à une poignée de femmes et un homme. Au total six auteurs et trois autrices, s'il faut adopter ce terme. Il y a eu et il y a toujours discussion à ce sujet. Non pas sur la question de la féminisation ou non des noms de de métier. En ce qui me concerne j’y suis acquis depuis longtemps. C’est plutôt un problème de sonorité, d’euphonie : j'aime bien auteure, autrice sonne moins facilement. Mais pourtant c'est ce mot qui est le plus logique avec rédactrice, éditrice, lectrice, correctrice et puis surtout c'est celui qui est attesté du plus loin et qui n’a disparu du vocabulaire que balayé par l'Académie française. Va donc pour autrice. Un des membres du jury du prix de Bussy : Manuel le Gourrierec, s'est intéressé à la question de la présence des autrices dans le concours, et surtout au traitement des personnages féminins dans les nouvelles que nous recevons chaque année. La proportion auteurs/autrices se maintient dans le concours à deux tiers/un tiers, en revanche dans les nouvelles, et même quand elles ont des autrices, la femme retrouve souvent sa position traditionnelle de faire valoir, de personnage secondaire, etc. C'est pourquoi nous avons décidé de prendre en compte dans les futures éditions du prix le traitement de cette image. Espérons que cela libèrera aussi de nouveaux espaces de créativité !

Sinon, accueillons dans ce numéro comme il se doit deux nouveaux rédacteurs : Fabrice Leduc, qui vient prendre la relève d'Alain Dartevelle dans la chronique « (S)trips » – et vous verrez qu'il le fait avec un bonheur certain, Et Ludovic Nachury qui innove en créant la rubrique… « Innovation » où il nous parlera quatre fois par an de ce qui va changer et change déjà nos vies, parmi les nouveautés introduites par les sciences et les techniques.

Mais il est temps de vous laisser à votre lecture, de vous la souhaiter la meilleure possible et vous de vous dire déjà au revoir et au prochain numéro qui sera – l’avez-vous remarqué ? – le numéro 50.

Pierre Gévart

20 septembre 2017

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