Editorial -

Galaxies N° 46

Le présent numéro de Galaxies devait constituer, au départ, le volet «littérature» d’une grande exposition sur l’Afrique et la science-fiction.

Des oeuvres, picturales, plastiques et cinématographiques avaient déjà été sélectionnées lorsque j’ai rejoint l’aventure. Un thème récurrent, inattendu pour qui ignore la réalité présente de plusieurs pays du continent m’a alors intriguée : la question des déchets.

Pas un questionnement marginal comme nous pouvons en avoir en occident sur la diminution, le traitement et la valorisation de nos ordures, mais une interrogation plus centrale, existentielle, même : Que faire de cette matière envahissante ? Comment utiliser cette ressource désormais quasi-illimitée ? Comment transformer les scories de l’histoire en ferments pour le futur? Des sculptures-robots combinant avec art et technologie des composants informatiques déclassés pour créer autre chose, des scénarios prenant les paysages du présent comme scènes d’aventures post-apocalyptiques, des super-héros de bric et de broc …

Évacué par la porte lorsque le projet d’exposition s’est trouvé reporté aux calendes grecques, suspendu pendant la construction de ce numéro, le thème du recyclage revient par la fenêtre, à l’heure du bilan. Entre les lignes de nouvelles écrites depuis Mayotte, le Gabon ou la Mauritanie, en filigrane d’articles sur les arts, la science ou l’économie, on retrouve lancinante, la question des déchets. Déchets toxiques enfouis chez Sofia Samatar ou déversés dans un lac chez Nnedi Okorafor ; composants recyclés par le Woelab; traditions orales revisitées, soldats usés remis en circulation, poussières de magie enkystées dans des ruines au bord de l’hypermodernité, migrants comme rebuts encombrants de l’économie mondialisée, …

Des thèmes universels, abordés avec la liberté autorisée par nos genres de prédilection depuis un point de vue ancré dans le continent africain. Car nous croyons qu’il n’est pas indifférent d’écrire depuis ici ou depuis là-bas. Nous pensons que l’histoire, l’identité, la culture depuis laquelle s’expriment les auteurs modèlent d’une façon ou d’une autre leur propos et leur expression.
Comment ?
Plutôt que l’élaboration d’une théorie bancale, nous souhaitons vous proposer une sélection de textes pris dans le vaste domaine dont nous avons esquissé les contours, parmi ceux qui nous ont parlé, nous ont touchés, interpellés pour des raisons aussi variées que celles qui font que nous aimons la SF avec ses thèmes universels.

Nous avons dévoré, avec gourmandise, nombre de textes qui méritent le détour. Trop pour un seul numéro. Et nous avons choisi.
Des textes ont su habilement inverser les rapports de force habituels, d’autres poussent jusqu’au bout les logiques observables aujourd’hui. Des textes nous ont émus ou révoltés, d’autres ont réveillé des peurs ou des rêves enfouis. Certains parlent de l’Afrique, d’autres pas vraiment, certains se rient des préjugés, d’autres en jouent, certains nous caressent dans le sens du poil, d’autres nous surprennent.
Tous nous ont semblé dignes d’être ici publiés.

Nous vous proposons donc, comme un amuse-gueule, ces nouvelles d’Afrique anglophone, arabophone et francophone, ainsi que les articles qui les accompagnent, dans le but avoué de vous donner envie de regarder ce qui se fait dans cet « ailleurs et aujourd’hui » que nous connaissons mal.

Nous formons le voeu que ce numéro, comme tous ceux que Galaxies consacre à des régions du globe, devienne, dans le futur, une curiosité. Un futur où on pourra trouver, côte à côte, la SF japonaise et l’australienne, la kenyane et la bretonne, sans qu’il ne soit question d’exotisme, puisque seules compteront la qualité des oeuvres et l’aventure spéculative qu’elles nous proposeront.

En attendant, explorons, ouvrons les yeux et les esprits. Ceci n’est qu’un premier pas vers la SF africaine.

Ketty Steward

4 février 2017

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