Editorial -

Galaxies N° 41

VOILA UN NUMERO dont le « gros morceau » est consacré à une thématique que la SF, depuis ses débuts les plus lointains (Le Dernier Homme de Mary Shelley) n’a jamais cessé d’aborder : l’Apocalypse. Ou, puisque ce terme est le plus souvent employé à l’inverse de son acception biblique, la fin du monde, ou une des fins du monde possible, ou la fin des temps, ou la catastrophe ultime, comme on voudra. Pourquoi cette persistance ? Parce qu’on sait bien que c’est ce qui nous attend, pardi. Ou, sinon nous autres personnellement, moi, toi, nos descendants plus ou moins lointains qui, fussent-ils très lointains, nous lancent le même appel : nous ne sommes apparus que pour disparaître. L’Histoire, grande et petite, n’a cessé de nous seriner cette vérité première, avec pour preuves les grandes épidémies – la peste qui, au XIVe siècle, décima plus d’un tiers de la population européenne, ou la grippe espagnole de 1919, qui fit plus de victimes de la Grande Guerre – la peur de la météorite qui peut nous tomber sur la tête, la crainte de voir arriver, entre les années 50 et 80, la vraie Der des Der, celle atomique qu’Hiroshima et Nagasaki ont imprégnée dans nos mémoires et que la Guerre froide aviva, mais que sont en train de supplanter les périls environnementaux, dont les bouleversements climatiques dus à l’effet de serre dessinent le spectre le plus périlleux, et qui plus est à très court terme. Et puis, il faut bien l’admettre après Cioran (« Il est plus facile de confectionner une apocalypse que d’inventer une utopie »), c’est si (perversement) agréable, les pieds dans ses chaussons, son verre de scotch (ou toute autre boisson à votre convenance) à portée de main, et les yeux vrillés à son écran Mac (ou PC), d’abattre immeubles et continents et faire passer de vie à trépas quelques milliards d’individus, alors que soi-même on ne risque rien. Pour le moment. Ayant depuis mes lointains débuts surfé sur le thème, je me suis collé à ce dossier en essayant de brasser large, en attendant le livre qui crawlera plus loin encore. Pour le reste, ce numéro est plutôt sage, disons classique, lesté de quatre nouvelles (six en édition numérique) que j’ai voulues exclusivement françaises, et où le thème de l’apocalypse est souvent directement présent (Nicolas Chrétien) ou perceptible à la marge (Bruno Pochesci), en y ajoutant, pour ce qui est de notre nouvelle rubrique d’exhumation « Le Service des Affaires classées », une succulente nouvelle de George W. Barlow, un ami dont je ne cesse de regretter la retraite prématurée.

Jean-Pierre Andrevon

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