Editorial -

Galaxies N° 40

L’espace. Vieille idée, monde hostile, même si Mars a supplanté la Lune dans les rêves des découvreurs. Envisager de courir les planètes, de s’en aller très loin aux confins de la Galaxie, cela ne fait plus guère recette. La science-fiction est devenue une chose sérieuse, mon bon Monsieur. On y parle des problèmes de ce temps, de réchauffement, de surpopulation, de singularité et d’intelligence artificielle, mais, bon, l’Espace ! C’est dépassé.

Et pourtant non. Et si l’espace était encore l’avenir de l’homme (et de la femme, tant qu’à paraphraser Aragon !) et si entre les androïdes et les cosmanthropes, il y avait encore le choix ? C’est ce dont vient ici nous parler Jean-Pierre Laigle, à travers son dossier sur la Cosmanthropie. Bon, je suis prêt à parier que, avant de lire ce mot sur la couverture de la revue, vous n’en connaissiez même pas l’existence. Rassurez-vous, moi non plus, avant d’avoir reçu cette proposition. J’avais vaguement compris qu’il s’agissait de l’adaptation de l’homme à l’espace, et donc de manipulations génétiques et autres lui permettant de vivre à la surface de mondes radicalement différents. Ici avec une atmosphère chargée de méthane, là une gravitation digne de Jupiter, plus loin une peau résistant à des ultra-violets à haute dose. Mais non, la cosmanthropie, c’est bien plus que ça. C’est l’adaptation de l’homme à l’espace, au vide, sans scaphandre, ni aucune autre protection que celle de son corps, modifié, évolué. En fait une révolution aussi grande, mais pas plus que la sortie des eaux pour le premier animal terrestre…

Et ils ne sont pas si rares, les auteurs à s’être essayé à cette gageure de l’adaptation au cosmos. Au-delà de son dossier bien documenté, JP Laigle a interviewé trois d’entre eux, une écrivaine et deux écrivains que nous connaissons bien ici : Jorge Luiz Calife (Galaxies nos 34/77), Linda Nagata (Galaxies nos 8/50) et Laurent Genefort (Galaxies ancienne série no 19), et choisi (ou écrit) quatre nouvelles signées Pavel Amnouel, Michèle Laframboise, Domingo Santos et Jean-Pierre Laigle lui-même. Des nouvelles qui feront plaisir aux amoureux du space opera et de l’imaginaire sans limites…

Mais n’ayez crainte, nous avons gardé un peu d’espace pour nos propres textes, avec une grande place à l’humour à travers ceux de T.R. Napper, un auteur australien qui nous propose son « Guide ultime pour une Stratégie gagnante de Formation des Prix sur le Marché des Paris extraterrestres », un titre qui ne déparerait pas Dans la bibliothèque de l’ENA, mais d’une lecture vivement conseillée aux descendeurs d’escaliers erratiques. (Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Eh bien lisez !) Suit « L’Article 3.14 », de T’jores Bloontje qui, mine de rien, pointe du doigt les difficultés qu’il y a à s’entendre en parlant des langues différentes (un peu comme ces vingt-huit planètes qui… mais je m’égare) et enfin « Douze milliards d’artistes », une de ces nouvelles ciselées de Gulzar Joby, dans laquelle l’art est au cœur de toute chose.

En tout sept nouvelles et un dossier, sous une couverture dont l’esthétique très épurée m’a immédiatement séduit. Et puis, bien entendu, nos rubriques habituelles, ou nouvelles. Ainsi, Didier Reboussin, après sa collaboration remarquée sur le dossier Henneberg, nous emmène dans un voyage rétrospectif parmi les auteurs de la collection Anticipation, du Fleuve noir, qui a fait avec lui rêver des générations de lecteurs. Il commence, à tout seigneur, tout honneur, par évoquer Henri Bessière, l’auteur du premier opus de la série. Puis, c’est à Thomas Bauduret de continuer la rubrique Musique et SF, avec le groupe Kirlian Camera, et à Philippe Ethuin, notre infatigable bouquineur, de nous évoquer un livre tellement rare qu’on ne le trouve même pas à la bibliothèque nationale : La Mer souterraine d’Édouard de Keyser. Et bien entendu, vous retrouverez ensuite le Docteur Stolze et son déjà célèbre scalpel, Laurianne Gourrier avec son équipe de chroniqueurs, parmi lesquels Georges Bormand, et enfin la Bande (dessinée) à Dartevelle, qui invite ce mois-ci Luc Dellisse dans son (s)trip préféré !

Allons ! Il est temps de vous libérer, la lecture ne manque pas, qu’elle soit bonne !

Pierre Gévart

20 février 2016

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