Editorial -

Galaxies N° 34

LES ABONNÉS DE GALAXIES ont trouvé encarté dans le numéro 33 un éditorial bis intitulé Michel et Charlie. Celui-ci a été également intégré aux éditions électroniques du même numéro. En effet, au moment où s’imprimaient les exemplaires intervenaient ces deux événements si dissemblables : les attentats de janvier 2015, et la mort de Michel Jeury.

Des attentats, il a été et il sera encore beaucoup question, et peu à peu prendront-ils un sens dans l’histoire. Pour les auteurs et les lecteurs de science-fiction, ils sont aussi une leçon : ce qui marque, ce qui est signifiant, ce n’est jamais la vérité issue des cabinets de prospective, jamais ce qui est prévu, mais justement, ce qui brise et qui heurte, à commencer par le sens commun. L’inattendu, d’où d’ailleurs l’importance accordée à juste titre aux auteurs de science-fiction par certains états-majors.

La mort de Michel Jeury est bien entendu de tout autre ordre. Elle n’a pas fait les unes, mais elle a quand même, en cette période où tous les médias vibraient autour des autres événements, trouvé deux colonnes nécessaires et justifiées dans le quotidien Le Monde, et pas seulement. Alors, puisque Michel Jeury nous avait fait l’amitié de nous confier quelques-unes de ses ultimes nouvelles, puisqu’il nous honorait sans cérémonie de sa confiance et de son enthousiasme intact, et tout simplement parce que c’était lui, cet immense auteur, nous avons offert à quelques-uns de ceux pour qui il a compté de venir témoigner dans nos pages. Vous trouverez ces textes réunis en fin de volume.

Mais originellement, c’est le Brésil autour duquel, grâce à l’érudition polyglotte de Jean-Pierre Laigle, a été construit le dossier du bimestre. Nous avions en effet consacré déjà un numéro (le no 7) à la « SF Latino », tout en regrettant de laisser un peu de côté le géant lusophone du continent. Le Brésil, pour ceux qui ont vu le jour au milieu du siècle précédent, c’est l’archétype de l’univers de science-fiction. On y trouve, comme sur les planètes où débarquent alors les héros des pulps, des forêts impénétrables, des peuplades étranges, l’aventure, le Fleuve qui y coule est celui de l’éternité, Manaus semble y avoir été construite par Jack Vance et, dans le même temps, Oskar Niemeyer, qui ne sait pas encore qu’il vivra cent trois ans, y construit de toutes pièces une capitale du siècle futur : Brasilia. Je me souviens, enfant, adolescent, avoir lu avec passion les récits des explorateurs, et avec tout autant de ravissement collectionné les photographies du chantier incroyable. Longtemps après, flânant au bord des arroyos, ou échangeant des idées place des Trois Pouvoirs avec les conseillers du Président Lula, je sus enfin que ce futur n’était pas seulement une illusion.

L’histoire de ce pays à travers le prisme de la science-fiction, tout comme l’entrevue de Jean-Pierre Laigle avec Jorge Luiz Calife Coelho Netto, journaliste, auteur, collaborateur d’Artur C. Clarke, tout comme de la NASA, s’imposait donc. Deux nouvelles, également, qui, chacune à leur manière, nous parlent de la vie et de la mort, du temps (on en revient à Jeury) qui se venge des tricheurs de temps, et d’une autre façon de voir, d’un monde différemment centré.

Ces thèmes, nous allons également les retrouver à travers les quatre nouvelles qui ouvrent ce numéro. Venu de loin également, du Sri Lanka, où Galaxies n’avait pas encore abordé, Vajra Chandrasekera nous donne cette nouvelle où son héros, fonctionnaire astronaute sur une station-relais, conduit clandestinement avec son grand-père une conversation par-delà l’espace et le temps qui pourrait ne pas être sans conséquence. Le mot fantôme est employé, et ce n’est pas forcément à contresens. Pour Yves-Daniel Crouzet, la question n’est pas de mourir, mais de se rendre utile, après. Philippe Curval, quant à lui, efface la frontière à sa manière habituelle, efficace, élégante, surprenante. Pour en finir, ou plutôt en sortir, et puisque finalement tout cela se ramène toujours à Faust, une nouvelle superbe de Mike Resnick, très côte Est, qui se lit avec un décor de Scott Fitzerald ou du Magicien d’Oz, un zeste de Charlie (mais celui de la Chocolaterie), et des couleurs de maillots d’équipes de base-ball et de paquets de pop-corn plein les yeux.

Côté rédactionnel, Jean-Michel Calvez rend hommage à Edgar Froese, le fondateur de Tangerine Dream, qui vient de nous quitter, lui aussi, Philippe Ethuin évoque les mânes de Gustave Le Bozec, l’homme d’un seul roman, et Denis Labbé dirige son projecteur vers les autres mondes d’Alain Delbe. Ajoutons-y les chroniques livres, dirigées par Laurianne Gourrier, les (S)trips d’Alain Dartevelle, et nous voici encore avec un bien intéressant numéro de Galaxies.

Un dernier mot, plus terre à terre : chacun aura remarqué la hausse importante des frais postaux au 1er janvier dernier. Ceci explique pourquoi nos tarifs sont en hausse : notamment ceux des frais de port. Mais globalement, Galaxies s’efforce de maintenir ses prix, par égard pour ses lecteurs.

Bonne lecture

Pierre Gévart

10 février 2015

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