Editorial -

Galaxies N° 28

En 2013, Aliette de Bodard et Ken Liu ont joué les incontournables des grands prix littéraires de la SFF que sont les Prix Locus, Nebula et Hugo. Finalistes, et parfois avec plusieurs textes, pour ces trois prix, ils les ont remportés tous les trois à eux deux. Aliette de Bodard, avec sa nouvelle « Immersion1» a ainsi raflé le Locus et le Nebula, et Ken Liu a quant à lui été consacré une nouvelle fois par le Hugo2 pour l’excellent « Mono No Aware », dont Galaxies a publié la traduction dans son numéro 25, en septembre 2013. Ni Ken, ni Aliette ne sont en effet des inconnus pour les lecteurs de Galaxies, qui ont depuis longtemps eu la chance de découvrir ces auteurs à travers les pages de la revue. J’avais rencontré Aliette de Bodard, française et francophone écrivant en anglais, lors de la convention mondiale de Montréal, en 2009, où nous siégions tous deux à une tribune sur la science-fiction française. Elle m’avait envoyé un premier texte – « Chute d'un papillon au point du jour » – qui m’avait attiré par un ton différent, un mélange d’intelligence, de métissage, de projection, le tout se traduisant par une ambiance indéfinissable, et m’avait aussitôt poussé à en faire réaliser la traduction par Camille Thérion, dans Galaxies numéro 10. C’est Jean-Michel Calvez, chargé dans notre comité de rédaction de la recherche des textes anglo-saxons, qui m’avait quant à lui signalé Ken Liu, avec « Simulacres », dont il avait lui-même assuré la traduction dans Galaxies numéro 21. Il y a une parenté entre les deux auteurs, les qualités de l’écriture d’Aliette, on les retrouve chez Ken, et peut-être certaines ressemblances dans leurs itinéraires personnels peuvent-elles expliquer cela. C’est la raison pour laquelle nous avons eu envie de les interviewer ensemble dans un entretien croisé à travers lequel ils se dévoilent un peu plus. Ces « étoiles montantes » sont ici rejointes par Leonid Kaganov, un auteur russe déniché et traduit quant à lui par Viktoryia et Patrice Lajoye, avec une nouvelle : « La Chenillette » dans laquelle se révèle toute la sensibilité qu’il avait déjà révélée dans « Le Hamsty » (Galaxies numéro 15), Fabien Tournel, avec « La détresse des matières premières », Noé Gaillard, avec son curieux « Il n’y a plus d’après », et le grand auteur japonais Hoshi Shin’ichi, avec « Ohé ! Sors de là ! », une courte nouvelle traduite par Denis Tallandier.

En effet, grâce à Denis, nipponisant et amateur de SF, qui enseigne à l’Université de Kyoto, nous entamons dans ce numéro une découverte de la SF au pays du Soleil levant. Nous y reviendrons une nouvelle fois en 2014, avec un reportage sur le symposium de 2013, et en 2015, avec un grand dossier. Après l’Inde et la Chine, et tant d’autres pays ou régions, Galaxies continue à explorer les SF du monde. Mais ça ne l’empêche pas de rester bien tournée, et même ancrée, dans la SF française, dont Jean-Pierre Fontana, qui continue à en être un des piliers continue ici de nous conter l’histoire, du moins celle du fandom, avec une documentation et une iconographie toujours abondantes.

Ce numéro 28 est aussi un numéro qui, au-delà de la rubrique « Strips » d’Alain Dartevelle, envoie un clin d’œil appuyé à la bande dessinée, avec une couverture de Barpov, une illustration qui n’est rien d’autre qu’une planche. La BD conquiert petit à petit son statut de neuvième Art. Une revue comme Beaux-Arts, qui clamait encore haut et fort il y a quelques années que la BD n’était pas un art lui consacre désormais des numéros spéciaux. Alors, puisque le bouclage de ce numéro de Galaxies intervient pendant le festival d’Angoulème, donnons-nous le plaisir visuel de cette planche très évocatrice, et aussi de la nouvelle graphique que Barpov nous a préparée : « Le Trou ».

Un mot encore du numérique, pas pour nous en plaindre, ni pour déplorer les terribles dégâts qu’il commence à inscrire dans le paysage des librairies, encore que l’impact des grandes centrales de vente à distance et des hypermarchés soit ici sans nul doute bien plus à incriminer. Non, le numérique, pour nous, c’est une alternative ou un complément pour nos lecteurs. Nous avons commencé avec de simples versions numériques, nous allons plus loin depuis le numéro 27 avec un contenu en couleur, mais bien entendu, l’édition numérique ne saurait rester longtremps cantonnée à une simple transposition. Nous réfléchissons, ici, à une formule enrichie, que nous espérons vous faire découvrir avant la fin 2014.

Galaxies essaie d’apporter toujours mieux et plus à ses lecteurs, avec davantage de qualité. L’intégration à notre équipe de Lucie Chenu, à laquelle nous souhaitons la bienvenue, avec les qualités que chacun lui reconnaît dans le monde de la SF et de la Fantasy est à ce titre une excellente nouvelle pour tout le monde !

Bonne lecture…

Pierre Gévart

31 janvier 2014

1 Publiée en français dans Réalité 5.O, anthologie dirigée par Antoine Mottier et publiée aux éditions Goater, dans une traduction de Bastien Duval et Antoine Mottier (Voir aussi les Notes de Lecture, dans Galaxies #27, page 165).

2 Ken Liu avait déjà remporté en 2012 le Prix Hugo de la nouvelle courte pour « The Paper Menagerie » (en français « La Ménagerie de papier » dans Fiction # 16, aux Moutons électriques).

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