Editorial -

Galaxies N° 26

Galaxies N° 26 26

En manière d’Introduction

Pour cette livraison N° 26 de Galaxies, qui accueille Lunatique 87, sous la houlette de Jean-Pierre Fontana, nous voici de l’autre côté des Alpes, en pleine Fantascienza, une SF italienne foisonnante, débridée, riche d’idées, d’histoire, de culture. Alors, c’est à Pierre-Jean Brouillaud, qui a sélectionné et traduit une bonne partie des textes des treize nouvelles de ce numéro, que je vais laisser le soin d’introduire cet ensemble, en vous souhaitant bonne lecture !

Pierre Gévart

CE NUMERO de Galaxies/Lunatique ne prétend évidemment pas couvrir tout le champ qu’occupe la littérature italienne de l’imaginaire. Il offre, avec les auteurs qui y sont réunis, un demi-siècle de créations, jusqu’à une jeune génération à laquelle nous ne ferons pas l’injure de dire qu’elle vient simplement prendre le relais. Elle y prend toute sa place.

Le lecteur y trouvera plusieurs des multiples facettes de cette littérature, jusqu’aux audaces de la dystopie et de l’extravagance, sans oublier la provocation, le sarcasme ou l’humour.

Nous sommes en Italie, dans un pays qui sue l’Histoire par tous les pores. Sait-on que, selon certaines estimations, elle renfermerait soixante pour cent du patrimoine artistique mondial ? Donc, l’Histoire, l’Italie en a plein les poumons. On se demande même parfois si elle ne l’étouffe pas. Un sentiment que nombre d’entre nous connaît aussi en France. À en croire James Joyce, l’Histoire est un cauchemar dont il faut se réveiller. La SF joue ce rôle mais en donnant une image de l’avenir parfois si inquiétante qu’elle s’apparente à celle d’une nouvelle Gorgone. Alors y échappe-t-on vraiment ?

À l’arrière-plan demeure la forte empreinte, la présence quasi obsessionnelle de la religion, laquelle n’a jamais été aussi prégnante que lorsqu’elle est évoquée sur le mode ironique ou même rageusement bafouée.

Quoi qu’il en soit, la plupart des récits présentés font écho au questionnement qui fonde la science-fiction : l’avenir de l’homme, des sociétés, de la planète et de l’univers. De la vie. Ambitieux programme…

Il semble que les auteurs européens, reflétant la méfiance croissante du public à l’égard d’une science et d’une technologie aux effets souvent pervers, ainsi que le pessimisme si répandu aujourd’hui sur notre continent, s’écartent très souvent du schéma US–space opera – plus ou moins hérité du western – pour une interrogation fébrile sur notre devenir.

Voici l’homme lui-même mis en question.

Devra-t-il, un jour, passer la main à une espèce nouvelle, mieux adaptée au monde qu’il a créé et qui menace de lui échapper dans le temps même où il se persuade d’avoir la totale maîtrise de son œuvre et du futur ?

Bien entendu, l’Italie, désorientée, n’échappe pas à ces interrogations qui s’étendent à ce qu’il était jadis convenu d’appeler l’Ancien Monde et le Nouveau Monde.

L’imaginaire est l’un des domaines où la dimension européenne paraît incontestable.

Pourtant, il y a relativement peu de publications régulières ou de médias qui mettent cette dimension en évidence, tant les arbres – en l’occurrence les barrières linguistiques et les particularités nationales – cachent la forêt.

Or s’il y a – s’il y avait – une publication qui a, pendant ses vingt ans d’existence, exploré et illustré la dimension européenne dans la littérature de l’imaginaire, c’est bien la revue de langue italienne Futuro Europa (le titre résume parfaitement le programme) créée et animée par Lino Aldani et Ugo Malaguti.

Le présent recueil nous permet de rendre hommage à cette revue qui a largement fait place aux auteurs francophones. C’est d’ailleurs une citation d’un philosophe français qu’elle portait en exergue de tous ses numéros :

Regarder un atome le change

regarder l’homme le modifie

regarder l’avenir le bouleverse

Gaston Berger

Et maintenant place aux auteurs…

Pierre-Jean Brouillaud

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