Editorial -

Galaxies N° 25

Galaxies N° 25 25

« Comment ? » s’exclame le lecteur surpris et peut-être désappointé, « Galaxies change de maquette et reprend celle des années 50 ? C’est un peu ringard, non ? ». Hé non, lecteur fidèle, il ne s’agit pas de cela. Mais tout simplement, si 2013 est l’année des cnq ans de Galaxies nouvelle série, c’est aussi celle de l’anniversaire de la naissance de notre glorieux ancêtre : Galaxie, sans « s ». Nous avons pensé, à la rédaction, qu’un tel évènement ne pouvait pas passer inaperçu, d’où cette couverture hommage, et aussi un article que nous consacrons à l’histoire de ces quatre titres, indissolubles désormais de l’histoire de la science-fiction française.

Et pour ce numéro un peu spécial, des invités particuliers : commençons par Ken Liu et Aliette de Bodard, avec deux nouvelles superbes sur lesquelles nous reviendrons. Ken et Aliette n’en sont pas à leur première traduction dans Galaxies, qui a été la première à les accueillir. L’un et l’autre ont joué les vedettes en 2013, puisqu’ils étaient tous deux inscrits sur la liste des finalistes des prix Nebula et Hugo. Excusez du peu ! A l’heure où je rédige cet édito, on ne connaît pas encore les résultats des Hugo (qui sera décerné à la worldcon 2013, à San Antonio, au Texas, entre le 29 août et le 2 septembre), mais on sait déjà qu’Aliette a remporté le Nebula, en avril, et que Ken avait eu le Hugo en 2012. Deux auteurs qui montent au firmament de la SF anglo-saxonne. Nous sommes en train de mener avec eux un entretien croisé qui fera dans notre numéro de mars prochain l’objet d’un dossier, avec deux autres nouvelles de ces talentueux jeunes écrivains.

Vous le savez, Aliette est française, et n’a appris l’anglais que tardivement, mais elle écrit directement dans cette langue, et elle enrichit encore son texte de sa troisième culture : celle du Vietnam. Un très beau texte, « Brother-Ship », que nous avons traduit par « Vaisseau-sœur ». On y parle de voyages dans l’espace, avec un empire Viet qui s’est construit sur la base d’un mode de propulsion très particulier. Ken Liu, qui a grandi en Chine, a appris l’anglais en arrivant en Californie, à 11 ans. Il s’efforce ici de saisir l’esprit d’une troisième culture, la japonaise. Il est aussi question de voyages intersidéraux, dans « Mono no Aware ». Ce sont donc deux bijoux, qui interrogent sur l’identité et l’image de soi, sur les valeurs de la famille, sur la cul-ture…

C’est encore une question d’identité que pose Rosa Montero, dans sa nouvelle « L’erreur ». Rosa Montero n’est pas non plus la première venue : Des larmes sous la pluie, dans l’univers duquel s’inscrit sa nouvelle, s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires en Espagne. Qui sommes-nous, finalement, ceux que nous croyons être, ou ce que les autres ont décidé que nous soyons ?

Quatrième auteur, cette fois une étoile montante de la science-fiction française : Gulzar Joby. Gulzar nous est arrivé il y a peu d’années. Il déborde d’énergie et d’envie d’écrire, et il a figuré plusieurs fois dans les palmarès de nos concours. C’est sa deuxième apparition dans Galaxies. Gageons que ce ne sera pas la dernière, et lui aussi, à travers le corps des femmes, nous parle d’identité.

Le dossier de ce numéro 25 est consacré à un grand de la science-fiction française, même si c’est un grand discret : Pierre Stolze. Autant l’homme est sympathique, chaleureux, autant l’écrivain est exigeant avec lui-même, refuse de transiger, et poursuit, comme il l’explique à Richard Comballot, qui l’interroge, mais aussi dans son article « Projet Equateur » un vrai projet littéraire, fondé sur une réflexion, mais aussi sur un style, un talent, une virtuosité qui font que sa musique est reconnaissable. Pierre n’en est pas non plus à son coup d’essai, et son texte : « Tai Chi Chuan à Tchernobyl-sur-Moselle », qu’on pourrait appeler novella si le terme était acceptable (dire cela signifie qu’il ne l’est pas !), en s’inscrivant dans un univers que reconnaîtrons ceux qui avaient apprécié « Mon ascenseur parle avec l’accent allemand », et où il est beaucoup question d’humanité…

Un beau numéro de Galaxies !

Bonne lecture…

Pierre Gévart

Le 2 août 2013

Sommaire