Editorial -

Galaxies N° 24

Ce qui intéresse Galaxies, c’est la science-fiction, toute la science-fiction, dans toutes ses dimensions. Cela inclut d’abord la science-fiction historique, celle des grands auteurs qui ont construit, dans les pays anglo-saxons bien sûr, mais aussi en France un corpus qui reste nourrissier. Parmi ces auteurs de Sf française, André Ruellan occupe sa pleine part. André affectionnait à ses débuts les pseudonymes en « Kurt ». Kurt Wargar, Kurt Dupont, et surtout Kurt Steiner. Parmi les textes qui jalonnèrent mon chemin vers la SF, Le disque rayé reste comme un des plus forts. Steiner ouvrait l? , littéralement d’autres dimensions, et une envie d’écrire, de lire, de découvrir était née.

J’avais invité André Ruellan / Steiner à la convention nationale de Bellaing, en 2009, au cours de laquelle je l’avais interviewé. J’ai plaisir aujourd’hui à l’accueillir dans un dossier préparé par Patrice Lajoye, qui à son tour l’a interrogé sur un parcours d’une richesse et d’une diversité étonnantes. Au début de cette année, André Ruellan nous a reçus une nouvelle fois avec Patrice et Joseph Altairac. Il nous avait alors promis un texte, et il a tenu cette promesse : avec « Obsolescence », il s’attaque en le décalant de manière surprenante et combien inquiétante à une des maladies fléaux de notre temps, avec l’acuité du regard du médecin.

Mais nous parlions de tous les espaces de la scvience-fiction. Et les lecteurs savent qu’il y a dans le projet éditorial de la revue cette volonté d’aller fouiller tous les champs cvulturels à la recherche des traces partout présentes de cette littérature. Cette fois, c’est la Chine. Voilà un gran d pays, en passe de redevenir un géant économique, tout comme il l’est en matière de démographie. Un pays si vaste et si peuplé qu’il se suffit à lui-même comme lectorat et comme marché, avec la revue homologue de Galaxies qui tire l? -bas à 400 000 exemplaires !

Or, il y a une SF chinoise. Yan Wu, ancien rédacteur en chef de cette revue (science-fiction world), écrivain lui-même, et aujourd’hui titulaire à l’université de Beijing de la chaire de littérature de science-fiction (la seule existante en Chine) a donc accepté de devenir auprès de nos lecteurs l’ambassadeur de cette SF chinoise. Il en parle dans un article écrit pour notre confrère Science Fiction Studies, qui nous a autorisés à le traduire et à le reproduire, dans un interview qu’il avait donnée en 2006 à Lavie Tidhar (dont nous avions publié un texte dans le hors-série Mundanes), et enfin, il nous donne une nouvelle, traduite par mademoiselle Chin-Chin, de l’Université de Taïwan, ancienne candidate du prix Pépin… Une nouvelle étrange, qui nous laissera longtemps réfléchir au symbole de ce passé revivifié.

Auprès de ces dossiers, des nouvelles qui nous ont enthousiasmés, et au premier chef celle du toujours jeune auteur Philippe Curval. Curval qui nous donne ici avec « Cuisine Kitzyn » un excellent planet opera mystico-gastronomique à découvrir d’urgence, mais à savourer lentement, en laissant agir tous les arômes du texte, toutes les fragrances du récit, toutes les subtilités de l’histoire. A la suite, Jean-Michel Calvez envisage ce que pourraient devenir les miracles à l’ère de l’internet, avec « Miracle 2.0. », une nouvelle où on retrouve aussi une part de mysticisme, avec des thèmes qu’on rapprochera de ceux que développe Yan Wu dans « Le Tapis de Souris ». C’est encore lui qui traduit « Des grenouilles sur le paillasson », d’Annette Reader. Le temps ici est un des acteurs principaux de ce drame dérangeant, et prenant à la fois.

Et d’une certaine manière, John-Antoine Nau, évoqué par Denis Labbé, nous entraîne lui aussi dans les zones limites. « Bien loin des considérations aventureuses de Verne et des réflexions sociales de Wells, John-Antoine Nau s’est appliqué à mettre l’homme au centre de ses considérations, abolissant les frontières entre le fantastique et la science-fiction et nous montrant, sans doute, que le registre du premier peut aisément s’allier à l’esthétique de la seconde, pour le plus grand bonheur des lecteurs. » conclut ici Labbé.

2013, c’est aussi un triste anniversaire pour nous, celui de la disparition de Roland Wagner, ce coup de Tonnerre de l’été 2012 qui a durablement choqué la plupart d’entre nous.K Après réflexion, nous nous sommes dits qu’un hommage classique aurait juste été ce qu’il n’aurait pas eu envie de voir. Alors, avec l’accord de Natacha Wagner et des musiciens du groupe Brain Damage, nous avons décidé d’offrir aux abonnés (mais aux abonnés seulement) une réédition du CDE qui avait accompagné le N° 18 de Géante rouge. Si vous êtes abonné, vous le trouverez donc inséré dans votre revue, à la page 192

Bonne lecture !

Pierre Gévart

21 juin 2013

Sommaire