Editorial -

Galaxies N° 15

Un numéro qui paraît en janvier est un numéro de fête. Un numéro tourné vers l’avenir radieux, forcément radieux, de l’année qui s’ouvre. Pour ce qui concerne votre revue, les choses vont bien, merci. Les comptes sont bons, les abonnés renouvellent ou se renouvellent, les ventes progressent dans un climat libraire pourtant bien maussade, et en plus nous fourmillons tellement d’idées pour les numéros à venir qu’il nous arriverait de regretter de ne pas être mensuels, si seulement nous trouvions une planète où les jours durent au moins trente-six heures.

Très bonne année donc à tous nos lecteurs, année que nous leur souhaitons la meilleure possible, avec la faculté de discerner l’important, un sourire, un regard, une parole, l’image d’un ciel dégagé, de beaux textes de science-fiction, tout ce qui peut sauver, dans ces temps difficiles.

Car, en effet, les temps sont difficiles, comme le chantait déjà Léo Ferré il y a quarante ans. Les temps sont difficiles pour l’Europe et pour le monde. D’une certaine manière, nous voilà projetés dans une fiction spéculative en vraie grandeur où pour un moment le pouvoir a été en partie capturé par une caste étrange de diseurs de bonne aventure (qu’est-ce que prédire la fiabilité future d’un emprunteur, sinon dire la bonne aventure en remplaçant les arcanes par des équations et la boule de cristal par un i-pad ?) rassemblés sous le vocable d’agences de notation. Pour l’observateur extérieur, voilà qui ne manque pas d’être intéressant, et il attend avec impatience l’épisode suivant. Malheureusement, aucun d’entre nous n’est vraiment un observateur extérieur. Nous sommes sur la scène, et les coups d’épée ne sont pas de carton mâché…

C’est dans ces moments-là que la science-fiction devient indispensable. Devant une impasse au fond de laquelle il nous semble souvent être acculés, avec des conséquences qui n’ont rien de fictives pour ceux qui perdent leurs emplois, voient s’effriter leur niveau de vie, se trouvent indignés en tous les sens du terme, il faut de l’imagination, il faut s’affranchir des demi-solutions, de la ré-signation, de l’aquabonisme, et inventer.

Il faut aussi savoir rêver, cette manière d’indispensable vaccination contre le réel. En ouverture de ce numéro de Galaxies, Philippe Curval nous entraîne avec son personnage dans un pas de côté vers la cité des doges, et nous persuade une fois de plus qu’il ne faudrait jamais laisser passer une semaine sans se pencher sur un de ses textes. D’ores et déj? , une autre de ses nou-velles est programmée pour 2012.

Après Philippe Curval, Charles Stross est l’invité de cette livraison de Galaxies. Il était aussi l’un de ceux de l’Eurocon 2011 (Convention européenne de la science-fiction), à Stockholm, en juin dernier, et l’anecdote voulut que coup sur coup, l’un des organisateurs ukrainiens de l’Eurocon 2013 et moi-même lui présentions chacun un exemplaire tout chaud sortant de presse d’un de ses livres traduit dans nos langues respectives. Il n’avait encore vu ni l’un, ni l’autre, et cela témoignait aussi de son succès grandissant. Stross est souvent présenté comme un des représentants les plus marquants de la nouvelle génération des écrivains britanniques. On trouve dans ses textes à la fois de cette rigueur qui pourrait parfois évoquer la hard-science, et ce brin de fantaisie qui imprègne à la fois le cycle des princes-marchands – avec un déplacement entre les mondes quasi magique (sauf qu’il ne l’est pas), des ambiances très « sword and sorcery » (la famille des voyageurs entre les mondes est surnommée celle des « Sorciers » par les autres habitants du second monde) – et le cycle de la Laverie (auquel pourrait se rattacher la nouvelle qu’il nous a confiée pour ce numéro, une illustration du principe selon lequel « l’enfer c’est l’absence des autres »), avec cet envahissement de notre monde par des entités extraterrestres réveillées par les nazis. On y trouve aussi beaucoup d’humour, pour venir heureusement adoucir les situations, et tirer un sourire au moment de hurler d’effroi… Parmi les thèmes de prédilection de cet auteur très productif, le temps et les mondes parallèles, qui sont l’un et l’autre sollicités pour construire des mondes expérimentaux qui sont autant de métaphores du nôtre.

Yann Minh, dont le texte semblera peut-être à cetains dérangeant (tant pis pour eux) sait bien qu’on ne sort de la crise qu’en inventant, en inventant et en inventant encore. Le plus probable, c’est l’improbable. Inventer, c’est ce qu’il fait avec son remarquable Egregore 2050. Le texte de Leonid Kaganov est de facture plus classique, et on se demande ce que vient faire ici cette histoire pour enfant, quand soudain, sans changement de ton, tout se glace… Quant à celui de Camille Alexa, que nul ensuite ne se demande « où allons-nous ? » et encore moins « Comment ? »

Une seconde lettre de l’inde, une réminiscence de textes oubliés dénichés par le bouquineur, et voici les notes de lectures réunies par Laurianne Gourrier et Alain Dartevelle pour vous mettre en appétit.

Bref, encore un Galaxies plein de surprises pour commencer 2012 !

Bonne lecture !

Pierre Gévart

20 décembre 2011

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