Editorial -

Galaxies N° 13

Galaxies N° 13 13

Vous connaissez la citation : Gouverner c’est choisir. Attribuée à Gaston de Lévis, Duc, pair de France, académicien, député à la constituante, elle a été reprise par Clémenceau (à qui on prête beaucoup) et surtout par Pierre Mendès-France dans son discours d’investiture de 1953. Mais mon objet n’est ni de vous infliger un cours d’histoire, ni d’étaler une érudition de cuistre. Simplement, choisir, c’est une réalité quotidienne pour un directeur de revue, comme Galaxies. Choisir, cela veut dire choisir des textes, et donc faire des mécontents, parfois même parmi les auteurs de textes réussis mais qui arrivent au mauvais moment, ou bien ne trouvent pas leur place. Choisir, cela veut dire aussi trouver des thèmes de dossiers, de numéros hors-série. Mais choisir, cela veut dire encore parfois s’adapter, et de deux maux, savoir prendre le moindre.

Ainsi, notre programme de publication s’est-il trouvé soudain et gravement chamboulé en ce printemps. Peut-être, il est vrai, eussions-nous dû être plus prudents et passer directement du numéro 12 au 14, ou introduire, comme il y eut un numéro 1 bis, un 12 bis, ou un 14 bémol… Bref : pour diverses raisons, la sortie du hors-série annoncé « SF et Politique » se trouve reportée de plusieurs mois, et le dossier Joëlle Wintrebert a quant à lui besoin de quelques mois de plus également pour arriver à maturité. Choisir, ce fut ici de privilégier le calendrier, et donc de trouver des solutions.

Les voici : la sortie du hors-série a été remplacée par celle de Géante rouge 2011, que Patrice Lajoye a réussi à boucler en urgence. Et cela nous permettra donc, en août, de sortir un hors-série « Science-fiction : la filière belge », pour lequel nous avions pas mal de matière, et une opportunité avec la convention de Tilff. Et pour le numéro 13, nous avons anticipé la sortie du dossier « SF nordique », que nous avions originellement prévu pour décembre. Et là aussi, cela tombe bien : nous serons à l’Eurocon de Stockholm, en juin prochain, juste avant la sortie officielle du numéro.

Ici, il me faut remercier l’ensemble de l’équipe de Galaxies. Une sortie juste après Stockholm, le 17 juin, cela nous obligeait à anticiper d’un mois sur le rythme habituel de parution. Donc de terminer la rédaction des chroniques, la traduction des nouvelles, la mise en page pour le 15 mai, afin que le maquettiste et les relecteurs/correcteurs puissent intervenir au plus vite, et que, le 29 juin dernier délai, l’imprimeur reçoive les textes avant impression puis livraison le 15 juillet. Pour le moment, le rythme est tenu. L’avenir dira si aucun grain de sable ne s’y est glissé.

Alors, pourquoi la SF nordique ? Et pourquoi nordique plutôt que scandinave ? A la fois, il y a une logique : celle qui vous a déjà emmené, à travers les pages de la rubrique « la SF en Europe » jusqu’à la Suède, la Finlande, la Lettonie.

Remarquons, pour répondre tout de suite à la seconde interrogation, que les deux derniers pays cités ne sont pas des pays scandinaves. Ensuite, pourquoi y aurait-il une SF scandinave ? Eh bien, l’hypothèse se tient, celle qui plonge dans les sagas, dans la mythologie des peuples nordiques, aujourd’hui largement recyclée dans la BD Marvel et le cinéma de science-fiction qui s’en inspire – allez voir si cela n’est déjà fait le superbe Thor de Kenneth Brannagh – celle qui s’ancre dans une culture, si bien illustrée dans les ouvrages et les traductions de Régis Boyer (présent au salon de Bagneux), et qui a nourri cette branche dissidente mais passionnante ouverte par JRR Tolkien.

Mais l’occasion, aussi, avec le passage inopiné à Oslo d’un historien de l’art, découvrant au Nasjonalmuseet for Kunst, Arkitektur og Design (Musée national d’Art, Architecture et Design) de la capitale norvégienne une exposition toute entière dédiée aux rapports de l’art et de la science-fiction : Take Me To Your Leader ! The Great Escape Into Space. Louis Gévart en a ramené des contacts, un article que vous lirez dans ces pages, et surtout un catalogue dans lequel sont insérés des articles passionnants, dont celui de Jerry Määtä, que vous lirez dans ce dossier, un travail de fond sur cette SF nordique. Vous avez déjà pu, dans le Galaxies numéro 11, lire aussi une nouvelle finnoise, et ici, vous découvrirez trois textes, pour vous donner un aperçu de cette autre SF.

Bien entendu, au-delà du dossier, Galaxies, c’est aussi des nouvelles inédites en français : Aliette de Bodard nous offre ici Quand l’ombre se répand sur la Maison Jaguar, un très beau texte, publié dans Asimov’s (pour ceux qui l’auraient oublié, Aliette écrit directement en anglais et se fait ensuite traduire), nominé cette année au Nebula, ainsi que pour le Hugo ! Puis nous aurons une nouvelle de Robert J. Sawyer : Pas de drapeau pour Pluto, qui nous donne une vague idée d’une société où les réseaux feraient office de gouvernement (sans clin d’œil pour nos lecteurs et amis belges). Pour sa part, Martin Lessard, auteur québecois plein de talent, explore une autre dérive possible de nos sociétés occidentales : Clause 207.1, avant que Santiago Eximeno ne nous donne un beau récit d’humanité avec Jours d’automne, (Prix Ignotus 2006).

Au chapitre des rubriques, Laurent Queyssi nous entraîne cette fois dans une passionnante dissection de L’Inversion de Polyphème, la nouvelle de Serge Lehman, Philippe Ethuin continue à explorer ses greniers, et en matière d’autres mondes, Denis Labbé nous parle de celui de Graham Joyce. Et puis bien entendu, pour vous guider dans vos lectures de romans, nouvelles et BD, Laurianne Gourrier et Alain Dartevelle !

Bonne lecture !

Pierre Gévart

11 mai 2011

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