Editorial -

Galaxies N° 10

Il est des éditoriaux tristes. Comme celui-ci que je réécris au moment de mettre sous presse, selon l’expression consacrée. Ce matin, réveillé par un chaud soleil africain, je parviens à me brancher sur internet, et tout de suite, le surcroît d’activité des forums consacrés à la science-fiction me surprend : Alain le Bussy vient de mourir.

Alain avait fait partie des auteurs de la mythique collection « anticipation » des éditions Fleuve noir, en particulier avec sa série « Deltas ». Il s’y était installé avec son étonnante fécondité littéraire (plus de quarante romans publiés et davantage encore attendant de l’être), sa faconde d’auteur liégeois, son increvable bonhommie. Je cite Alain Genefort, réagissant à chaud : « Auteur débutant du Fleuve Noir il y a une vingtaine d'années, j'ai trouvé en Alain la première personne du "milieu SF" à me mettre à l'aise. Aucune distance avec lui, jamais. Et son "Deltas" était un putain de bon bouquin, un "Fleuve idéal" pour moi. ». Cela résume bien les choses. Mais Alain le Bussy n’était pas seulement cet auteur presque trop prolixe, tellement pressé de passer à la page suivante, incapable de résister à un mauvais jeu de mots. Il était encore cet infatigable ambassadeur de la science-fiction de langue française. « C'était quelqu'un d'adorable, un infatigable amateur du genre à qui ont doit des dizaines de livres, d'articles, d'événements, de jeux de mots foireux et d'éclats de rire. Quelqu'un qui a représenté la SF Francophone à de nombreuses occasions, dans des conventions mondiales ou Européennes. Quelqu'un qui gagnait sans cesse à être connu. » écrit pour sa part Jean-Claude Dunyach.

Alain le Bussy avait été entre autres primé plusieurs fois dans des conventions internationales, et il avait en personne organisé deux conventions françaises en Belgique, en avait porté une troisième, et s’apprétait à être encore le grand maître de celle de 2011.

Pourtant, il n’avait pas que des amis, dans le milieu. On lui reprochait parfois une écriture trop rapide, justement, peut-être aussi une vision trop optimiste de l’avenir. Avec Alain, l’Homme en sortait toujours grandi. Je crois surtout qu’il faut un prodigieux conteur, un formidable créateur d’univers, qui, sous ses dehors bourrus de paysan wallon, éternel blagueur devant l’éternel, cachait avec une obstination étonnante une finesse d’esprit, une culture, un sens de l’humain qui en auraient remontré à beaucoup. Je pense surtout que, n’ayant plus rien à prouver, il était.

Et puis, un malheur ne venant jamais seul, nous apprenions en septembre la mort, à un âge certes plus avancé, de E.C. Tubb, à qui Galaxies avait justement décidé de consacrer son numéro de printemps, à l’occasion de la publication du 33ème volume de sa série « Dumarest, l’aventurier des étoiles », près de vingt ans après le 32ème, « Le Retour », qui laissait toutes les questions en suspens. Le numéro qui sortira sera donc lui aussi un hommage.

Ce sera le douzième. J’aurais préféré en effet commencer par revenir sur la numérotation spéciale de ce Galaxies : le dixième de la nouvelle série. Déjà ! Je n’ai pas le goût, ni le temps de me retourner trop longtemps sur le passé, mais laissez-nous quand même ce moment de satisfaction. Dix numéros, cela n’est pas rien ! Un style, une qualité qui commencent à s’installer, un lectorat qui grandit sans cesse, loin de la mort annoncée que programmait un forum dès le numéro deux. Je n’ai pas le goût non plus de remâcher de vieilles rancunes. De rancune, je n’en ai guère !

Ce numéro dix voit encore s’élargir l’éventail des rubriques, avec l’arrivée d’Alain Ethuin, qui va désormais chaque trimestre aller fouiller un peu l’archéologie de notre mauvais genre. Et puis bien entendu, notre dossier du mois, consacré cette fois à Paul J. McAuley, déjà invité de l’ancien Galaxies, qui nous revient cette fois avec quatorze années de plus et le métier confirmé d’un auteur de talent, habile à changer de registre, vif à étonner le lecteur en l’attaquant par où on ne l’attendait pas forcément. La nouvelle qu’il nous a confiée appartient au cycle de la Guerre tranquille, dont le premier volume paraît en France cet automne. Il nous en parle dans la longue interview conversation qu’il a bien voulu m’accorder sur le sujet et sur d’autres.

Superbe nouvelle également que celle qui a valu à Mike Resnick le Hugo 2005, et qui était jusqu’ici restée inédite en France. Sans doute ce texte prenant, enveloppant, maîtrisé aurait-il pu s’inscrire dans un autre genre, mais les jurés du Hugo ont eu raison de le choisir, et je crois que vous confirmerez cette impression.

Vous apprécierez aussi la nouvelle de Philippe Guillaut, qui a réuni sur son texte l’unanimité des choix des jurés du Prix Infini 2010, sous la présidence d’Alain le Bussy, celle de Frédéric Chaubet, qui avait joué depui le No3 de galaxies le rôle d’Arlésienne de la revue, avec une trompeuse apparition au sommaire, et qui, cette fois, est bien là , et enfin, cette curieuse uchronie policière d’Aliette de Bodard, écrite en anglais par cette auteure française que Galaxies vous permet ici de découvrir.

Bonne lecture !

Pierre Gévart

18 octobre 2010

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